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Le fauteuil de Sigmund (Taken with instagram)
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Lorsqu’elle regardait un arbre, elle n’y voyait pas la même chose que moi.
Je n’avais jamais pensé qu’on puisse y voir quelque chose d’aussi sombre.
Jusqu’à maintenant, je me suis toujours sentie bien dans la nature, dans la forêt, dans les bois. J’y retrouve une certaine paix. Lorsque je vais mal, j’aime m’imaginer allongée à l’ombre d’un saule pleureur, un torrent non loin, me berçant de sa petite musique.
Mais pour elle, c’était différent.
Lorsque je l’ai vue la première fois, j’ai d’abord pensé qu’elle était beaucoup plus jeune que moi. Et puis au fil du temps, de nos conversations, elle m’a appris qu’elle était plus âgée, qu’elle était mariée et qu’elle était maman d’un petit garçon.
Elle était ronde, la peau très brune, les yeux et les cheveux noirs. Malgré cela, elle ne paraissait pas sombre. Au contraire, je dirais qu’elle rayonnait. Elle dégageait une grande force intérieure. Son sourire me faisait penser à ces statues de Bouddha souriant. Le sourire doux et énigmatique.
Les premiers temps, j’ai conscience de l’avoir un peu bousculée de questions. Elle, plus que les autres, m’intriguait. C’était un mystère pour moi : cette fragilité apparente, cette timidité et ce sourire si serein… Nous sommes devenues amies, le temps de quelques semaines.
Un soir, je l’ai vu se précipiter dans le parc. La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà et tout était très sombre. Elle a couru jusqu’au plus grand pin, plusieurs fois centenaire, et elle s’est mise à le frapper de toutes ses forces, hurlant sa rage, sa détresse.
Je n’ai pas bougé. Trop choquée par cette déferlante de violence. Je ne comprenais pas comment un être aussi doux, aussi calme, au rire cristallin, pouvait contenir autant de désespoir et de haine.
Le lendemain, elle n’osait regarder personne. Elle nous fuyait comme elle se fuyait elle-même. Loin de celle que nous avions vu la veille.
Je l’ai laissé doucement revenir vers moi. Comme je l’aurais fait avec un animal blessé, en parlant d’une voix douce, en ne la fixant pas dans les yeux.
Et enfin, elle m’a raconté. Ses épisodes hystériques, cette violence perpétuellement en elle mais qu’elle s’efforçait jour et nuit de réprimer.
Il y a un an, après une dispute avec son mari, elle s’est jeté sur un couteau de cuisine et l’a pourchassé, hurlant qu’elle allait le tuer. De ce souvenir, il ne lui reste rien. De ces accès de folies, elle ne conserve qu’un sentiment de dévastation, de vide.
Quelques jours après cet événement, elle a décidé d’en finir avec la colère.
Elle s’est pendue à l’arbre qui lui semblait le plus solide dans le jardin de ses parents. Mais pour reprendre son terme, même cela elle n’a pas réussi à bien le faire.
Depuis, elle ne voit plus les arbres de la même façon. Ils sont le symbole de son précédent échec. Elle scrute leur hauteur, évalue leur résistance. Elle a parfois l’impression qu’ils la narguent. Si la cime est inaccessible, la paix aussi.
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